Moustique tigre en Guadeloupe (971) : deux espèces d'Aedes à ne pas confondre
Contre toute attente, le « vrai » moustique tigre, Aedes albopictus, n'est pas installé en Guadeloupe. Le moustique qui transmet la dengue, le chikungunya et le Zika dans l'archipel est une espèce cousine, Aedes aegypti, présente de longue date. Comprendre cette distinction est la clé de la prévention aux Antilles.
Données officielles ministère de la Santé, ARS Guadeloupe, Santé publique France & Institut Pasteur de la Guadeloupe, 2024-2026.
La situation en un coup d'œil
aegypti
Deux moustiques du genre Aedes, à ne surtout pas confondre
Sur ce site, « moustique tigre » désigne Aedes albopictus, l'espèce asiatique qui colonise la France métropolitaine. En Guadeloupe, ce moustique-là n'est pas installé : c'est son cousin Aedes aegypti qui règne et transmet les virus. Voici comment les distinguer.
Aedes aegypti
Le « moustique de la fièvre jaune », vecteur historique aux Antilles. C'est lui, et non le moustique tigre, qui est responsable des épidémies de dengue, de chikungunya et de Zika en Guadeloupe.
- Corps brun foncé à écailles claires, avec un dessin caractéristique en forme de lyre sur le thorax
- Très anthropophile : vit et se reproduit au plus près des habitations
- Pond dans les eaux stagnantes domestiques : réserves d'eau, citernes, coupelles, vases
- Actif le jour, avec des pics le matin et en fin d'après-midi
Aedes albopictus (le moustique tigre)
Le « véritable » moustique tigre, d'origine asiatique. Il a colonisé la quasi-totalité de la France métropolitaine, mais n'est pas installé sur l'île de Guadeloupe ni en Martinique. Fait nouveau : des larves ont été détectées pour la première fois dans l'arc antillais à Saint-Barthélemy en octobre 2024.
- Une unique ligne blanche longitudinale sur le thorax et la tête
- Des pattes rayées noir et blanc, très contrastées
- Vecteur des mêmes virus (dengue, chikungunya, Zika) là où il est implanté
- C'est l'espèce suivie par la carte de colonisation de la métropole
À retenir : les deux espèces sont cousines, piquent le jour et transmettent les mêmes arboviroses. Mais elles ne vivent pas aux mêmes endroits. Parler du « moustique tigre en Guadeloupe » est un abus de langage courant : le moustique concerné est Aedes aegypti. La détection de larves d'Aedes albopictus à Saint-Barthélemy fin 2024 place toutefois les Antilles françaises sous surveillance rapprochée.
La dengue en chiffres
Épidémie de dengue 2024-2025 : du symptôme à l'hôpital
Sur environ 13 565 cas cliniquement évocateurs, 974 ont conduit à un passage aux urgences et 137 à une hospitalisation. La grande majorité des formes reste bénigne, mais le volume de cas rend la vigilance indispensable. Source : Santé publique France / ARS Guadeloupe.
Origine des cas de dengue importés en métropole (2025)
60 % des cas de dengue importés en France métropolitaine en 2025 (1 439 sur 2 389) concernaient des personnes ayant séjourné en Guadeloupe et/ou en Martinique, en pleine épidémie. Source : Santé publique France, 2025.
Comment la Guadeloupe surveille Aedes aegypti
La lutte anti-vectorielle est pilotée par l'ARS Guadeloupe, appuyée par Santé publique France et l'Institut Pasteur de la Guadeloupe (Laboratoire des maladies vectorielles). La surveillance de la dengue s'organise dans le cadre du PSAGE (Programme de surveillance, d'alerte et de gestion des épidémies), qui gradue la réponse de la veille aux phases épidémiques.
DENV-3
À chaque signalement, une enquête entomologique de voisinage et des opérations de démoustication ciblée sont déclenchées autour des foyers, avec destruction des gîtes larvaires.
Des solutions adaptées à un moustique domestique
Parce qu'Aedes aegypti se reproduit au cœur des habitations, l'ARS Guadeloupe expérimente des dispositifs ciblés :
- Citernes
Des moustiquaires pour citernes et réserves d'eau, gîtes larvaires majeurs dans un archipel où les réserves d'eau domestiques sont fréquentes.
- Pièges
Des pièges pondoirs de nouvelle génération pour capturer les femelles et suivre les populations.
- TIS
L'expérimentation de la technique de l'insecte stérile : des mâles stérilisés sont relâchés pour faire chuter la population, une approche qui a réduit les densités d'Aedes de plus de 90 % à La Réunion.
Sources : ARS Guadeloupe ; Cirad, « Technique du moustique stérile renforcée » (2025).
Dengue et chikungunya, saisons récentes
- 2023-24
Épidémie de dengue de sérotype DENV-2 touchant la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane.
- Sept. 2024
Nouvelle épidémie de dengue à partir de la semaine 37, avec circulation du sérotype DENV-3 : environ 13 565 cas estimés.
- 30 oct. 2024
Saint-Barthélemy : première détection de larves d'Aedes albopictus (le moustique tigre) dans l'arc antillais, quartier de Lorient — une première dans les territoires français d'Amérique.
- Avr. 2025
Dernier cas de chikungunya identifié en Guadeloupe : un cas importé, chez une personne revenue de La Réunion alors en pleine épidémie.
- Juin 2025
Retour en phase de foyers isolés pour la dengue : l'épidémie reflue, la vigilance demeure.
Le moustique tigre aux portes des Antilles
Jusqu'ici, Aedes albopictus n'avait jamais été enregistré dans les territoires français d'Amérique. Sa détection à Saint-Barthélemy en octobre 2024 change la donne : cette collectivité entretient des liaisons aériennes et maritimes quotidiennes avec la Guadeloupe, ce qui fait craindre une introduction du moustique tigre dans l'archipel, en plus d'Aedes aegypti déjà présent. En parallèle, la détection de six cas autochtones de chikungunya en Guyane en 2025 a placé la Guadeloupe sous surveillance renforcée. D'où l'importance du signalement et de la suppression des gîtes larvaires.
Les risques pour la santé
Aedes aegypti peut transmettre trois arboviroses : la dengue, le chikungunya et le Zika (il est aussi le vecteur historique de la fièvre jaune). La dengue provoque fièvre et douleurs musculaires intenses, avec des formes graves possibles ; le chikungunya, une fièvre brutale et des douleurs articulaires parfois durables.
- Fièvre brutale, maux de tête
- Douleurs articulaires (chikungunya) ou musculaires (dengue)
- Éruption cutanée possible
- Douleurs abdominales, vomissements répétés, saignements
- Aggravation à la baisse de la fièvre
- → consultation médicale urgente
- Le Zika peut provoquer de graves anomalies du développement cérébral du fœtus
- Prudence renforcée conseillée
Information à visée préventive, ne remplace pas un avis médical. En cas de doute, consultez un professionnel de santé.
Comment se protéger en Guadeloupe
Coupez l'eau à Aedes aegypti
Ce moustique pond au plus près des maisons, dans la moindre eau stagnante. Dans l'archipel, les réserves d'eau et citernes sont des gîtes larvaires majeurs à protéger en priorité.
- Couvrez hermétiquement citernes, fûts et récupérateurs d'eau
- Videz coupelles, vases, seaux et récipients après chaque pluie
- Rangez à l'abri les objets qui retiennent l'eau (pneus, jouets, bâches)
- Entretenez gouttières, regards et gîtes autour du logement
Évitez les piqûres
Aedes aegypti pique le jour, avec des pics le matin et en fin d'après-midi : la protection doit être diurne.
- Répulsifs cutanés adaptés aux zones tropicales (avis pharmacien)
- Vêtements couvrants et amples
- Moustiquaires aux portes et fenêtres, et de lit si besoin
- Signalez la présence de moustiques et les gîtes à l'ARS
Miser sur la lutte intégrée, pas sur une solution miracle
En Guadeloupe comme en métropole, aucune mesure isolée ne suffit face au moustique vecteur — qu'il s'appelle Aedes aegypti ou Aedes albopictus. C'est la combinaison de la suppression des gîtes larvaires (citernes, réserves d'eau), de la protection individuelle diurne, du signalement citoyen et des interventions ciblées de l'ARS, complétées par des innovations comme la technique de l'insecte stérile, qui permet de contenir les épidémies. La lutte intégrée reste la seule approche efficace dans la durée.
FAQ, moustiques et arboviroses en Guadeloupe
- Ministère de la Santé, Moustiques vecteurs de maladies (Aedes aegypti, vecteur des épidémies dans les départements français d'Amérique).
- First report of Aedes albopictus in Saint Barthélemy (French West Indies), Parasites & Vectors, 2025 (absence d'Aedes albopictus sur l'île de Guadeloupe ; première détection dans l'arc antillais).
- RCI / France Info, Pour la première fois, des larves du moustique Aedes albopictus détectées aux Antilles (Saint-Barthélemy, octobre 2024).
- ARS Guadeloupe, Recrudescence des cas de dengue en Guadeloupe.
- ARS Guadeloupe, Dengue — bulletins de surveillance aux Antilles.
- Préfecture de la Guadeloupe, La lutte contre le moustique Aedes aegypti en Guadeloupe.
- Santé publique France, Surveillance de la dengue, du chikungunya et du Zika aux Antilles.
- Institut Pasteur de la Guadeloupe, Laboratoire des maladies vectorielles.
- Cirad, Technique du moustique stérile renforcée (2025).