Outre-mer · pas de moustique tigre, mais Aedes aegypti endémique

Moustique tigre en Guadeloupe (971) : deux espèces d'Aedes à ne pas confondre

Contre toute attente, le « vrai » moustique tigre, Aedes albopictus, n'est pas installé en Guadeloupe. Le moustique qui transmet la dengue, le chikungunya et le Zika dans l'archipel est une espèce cousine, Aedes aegypti, présente de longue date. Comprendre cette distinction est la clé de la prévention aux Antilles.

Données officielles ministère de la Santé, ARS Guadeloupe, Santé publique France & Institut Pasteur de la Guadeloupe, 2024-2026.

Chiffres clés, Guadeloupe

La situation en un coup d'œil

0
moustique tigre (Aedes albopictus) : l'espèce est absente de l'île de Guadeloupe, où seul Aedes aegypti circule
Source : Parasites & Vectors, 2025
Aedes
aegypti
le vecteur local, historiquement implanté, qui transmet dengue, chikungunya et Zika
Source : ARS Guadeloupe
Épidémie
13 565
cas de dengue estimés lors de l'épidémie 2024-2025 (sérotype DENV-3)
Source : Santé publique France / ARS Guadeloupe
60 %
des cas de dengue importés en métropole en 2025 venaient de Guadeloupe et/ou Martinique
Source : Santé publique France, 2025
Le point essentiel

Deux moustiques du genre Aedes, à ne surtout pas confondre

Sur ce site, « moustique tigre » désigne Aedes albopictus, l'espèce asiatique qui colonise la France métropolitaine. En Guadeloupe, ce moustique-là n'est pas installé : c'est son cousin Aedes aegypti qui règne et transmet les virus. Voici comment les distinguer.

Guadeloupe · présent

Aedes aegypti

Le « moustique de la fièvre jaune », vecteur historique aux Antilles. C'est lui, et non le moustique tigre, qui est responsable des épidémies de dengue, de chikungunya et de Zika en Guadeloupe.

  • Corps brun foncé à écailles claires, avec un dessin caractéristique en forme de lyre sur le thorax
  • Très anthropophile : vit et se reproduit au plus près des habitations
  • Pond dans les eaux stagnantes domestiques : réserves d'eau, citernes, coupelles, vases
  • Actif le jour, avec des pics le matin et en fin d'après-midi
Guadeloupe · absent

Aedes albopictus (le moustique tigre)

Le « véritable » moustique tigre, d'origine asiatique. Il a colonisé la quasi-totalité de la France métropolitaine, mais n'est pas installé sur l'île de Guadeloupe ni en Martinique. Fait nouveau : des larves ont été détectées pour la première fois dans l'arc antillais à Saint-Barthélemy en octobre 2024.

  • Une unique ligne blanche longitudinale sur le thorax et la tête
  • Des pattes rayées noir et blanc, très contrastées
  • Vecteur des mêmes virus (dengue, chikungunya, Zika) là où il est implanté
  • C'est l'espèce suivie par la carte de colonisation de la métropole

À retenir : les deux espèces sont cousines, piquent le jour et transmettent les mêmes arboviroses. Mais elles ne vivent pas aux mêmes endroits. Parler du « moustique tigre en Guadeloupe » est un abus de langage courant : le moustique concerné est Aedes aegypti. La détection de larves d'Aedes albopictus à Saint-Barthélemy fin 2024 place toutefois les Antilles françaises sous surveillance rapprochée.

Données & tendances

La dengue en chiffres

Épidémie de dengue 2024-2025 : du symptôme à l'hôpital

Sur environ 13 565 cas cliniquement évocateurs, 974 ont conduit à un passage aux urgences et 137 à une hospitalisation. La grande majorité des formes reste bénigne, mais le volume de cas rend la vigilance indispensable. Source : Santé publique France / ARS Guadeloupe.

Origine des cas de dengue importés en métropole (2025)

60 % des cas de dengue importés en France métropolitaine en 2025 (1 439 sur 2 389) concernaient des personnes ayant séjourné en Guadeloupe et/ou en Martinique, en pleine épidémie. Source : Santé publique France, 2025.

Dispositif officiel

Comment la Guadeloupe surveille Aedes aegypti

La lutte anti-vectorielle est pilotée par l'ARS Guadeloupe, appuyée par Santé publique France et l'Institut Pasteur de la Guadeloupe (Laboratoire des maladies vectorielles). La surveillance de la dengue s'organise dans le cadre du PSAGE (Programme de surveillance, d'alerte et de gestion des épidémies), qui gradue la réponse de la veille aux phases épidémiques.

974
passages aux urgences pour dengue lors de l'épidémie 2024-2025
137
hospitalisations liées à cette même épidémie
DENV-2
DENV-3
sérotypes ayant circulé en 2023-2024 puis à partir de fin 2024

À chaque signalement, une enquête entomologique de voisinage et des opérations de démoustication ciblée sont déclenchées autour des foyers, avec destruction des gîtes larvaires.

Innovation

Des solutions adaptées à un moustique domestique

Parce qu'Aedes aegypti se reproduit au cœur des habitations, l'ARS Guadeloupe expérimente des dispositifs ciblés :

  • Citernes

    Des moustiquaires pour citernes et réserves d'eau, gîtes larvaires majeurs dans un archipel où les réserves d'eau domestiques sont fréquentes.

  • Pièges

    Des pièges pondoirs de nouvelle génération pour capturer les femelles et suivre les populations.

  • TIS

    L'expérimentation de la technique de l'insecte stérile : des mâles stérilisés sont relâchés pour faire chuter la population, une approche qui a réduit les densités d'Aedes de plus de 90 % à La Réunion.

Sources : ARS Guadeloupe ; Cirad, « Technique du moustique stérile renforcée » (2025).

Repères

Dengue et chikungunya, saisons récentes

  • 2023-24

    Épidémie de dengue de sérotype DENV-2 touchant la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane.

  • Sept. 2024

    Nouvelle épidémie de dengue à partir de la semaine 37, avec circulation du sérotype DENV-3 : environ 13 565 cas estimés.

  • 30 oct. 2024

    Saint-Barthélemy : première détection de larves d'Aedes albopictus (le moustique tigre) dans l'arc antillais, quartier de Lorient — une première dans les territoires français d'Amérique.

  • Avr. 2025

    Dernier cas de chikungunya identifié en Guadeloupe : un cas importé, chez une personne revenue de La Réunion alors en pleine épidémie.

  • Juin 2025

    Retour en phase de foyers isolés pour la dengue : l'épidémie reflue, la vigilance demeure.

Actualité

Le moustique tigre aux portes des Antilles

Jusqu'ici, Aedes albopictus n'avait jamais été enregistré dans les territoires français d'Amérique. Sa détection à Saint-Barthélemy en octobre 2024 change la donne : cette collectivité entretient des liaisons aériennes et maritimes quotidiennes avec la Guadeloupe, ce qui fait craindre une introduction du moustique tigre dans l'archipel, en plus d'Aedes aegypti déjà présent. En parallèle, la détection de six cas autochtones de chikungunya en Guyane en 2025 a placé la Guadeloupe sous surveillance renforcée. D'où l'importance du signalement et de la suppression des gîtes larvaires.

Santé & prévention

Les risques pour la santé

Aedes aegypti peut transmettre trois arboviroses : la dengue, le chikungunya et le Zika (il est aussi le vecteur historique de la fièvre jaune). La dengue provoque fièvre et douleurs musculaires intenses, avec des formes graves possibles ; le chikungunya, une fièvre brutale et des douleurs articulaires parfois durables.

Symptômes fréquents
  • Fièvre brutale, maux de tête
  • Douleurs articulaires (chikungunya) ou musculaires (dengue)
  • Éruption cutanée possible
Signes d'alerte, dengue
  • Douleurs abdominales, vomissements répétés, saignements
  • Aggravation à la baisse de la fièvre
  • → consultation médicale urgente
Femmes enceintes
  • Le Zika peut provoquer de graves anomalies du développement cérébral du fœtus
  • Prudence renforcée conseillée

Information à visée préventive, ne remplace pas un avis médical. En cas de doute, consultez un professionnel de santé.

Gestes essentiels

Comment se protéger en Guadeloupe

Coupez l'eau à Aedes aegypti

Ce moustique pond au plus près des maisons, dans la moindre eau stagnante. Dans l'archipel, les réserves d'eau et citernes sont des gîtes larvaires majeurs à protéger en priorité.

  • Couvrez hermétiquement citernes, fûts et récupérateurs d'eau
  • Videz coupelles, vases, seaux et récipients après chaque pluie
  • Rangez à l'abri les objets qui retiennent l'eau (pneus, jouets, bâches)
  • Entretenez gouttières, regards et gîtes autour du logement

Évitez les piqûres

Aedes aegypti pique le jour, avec des pics le matin et en fin d'après-midi : la protection doit être diurne.

  • Répulsifs cutanés adaptés aux zones tropicales (avis pharmacien)
  • Vêtements couvrants et amples
  • Moustiquaires aux portes et fenêtres, et de lit si besoin
  • Signalez la présence de moustiques et les gîtes à l'ARS
Solutions pour se protéger

Miser sur la lutte intégrée, pas sur une solution miracle

En Guadeloupe comme en métropole, aucune mesure isolée ne suffit face au moustique vecteur — qu'il s'appelle Aedes aegypti ou Aedes albopictus. C'est la combinaison de la suppression des gîtes larvaires (citernes, réserves d'eau), de la protection individuelle diurne, du signalement citoyen et des interventions ciblées de l'ARS, complétées par des innovations comme la technique de l'insecte stérile, qui permet de contenir les épidémies. La lutte intégrée reste la seule approche efficace dans la durée.

Questions fréquentes

FAQ, moustiques et arboviroses en Guadeloupe

Non. Aedes albopictus, le « véritable » moustique tigre qui colonise la France métropolitaine, n'est pas installé sur l'île de Guadeloupe : les épidémies de dengue, chikungunya et Zika y sont transmises par une espèce cousine, Aedes aegypti (étude Parasites & Vectors, 2025). À noter toutefois : des larves d'Aedes albopictus ont été détectées pour la première fois dans l'arc antillais à Saint-Barthélemy le 30 octobre 2024, sans installation avérée à ce jour en Guadeloupe.
Les deux appartiennent au genre Aedes, piquent le jour et transmettent les mêmes arboviroses. Aedes aegypti, le vecteur guadeloupéen, est brun foncé avec un dessin en forme de lyre sur le thorax et vit au plus près des habitations. Aedes albopictus, le moustique tigre installé en métropole, porte une unique ligne blanche longitudinale sur le thorax et des pattes annelées de blanc.
L'épidémie démarrée en semaine 37 de 2024 (sérotype DENV-3) a été estimée à environ 13 565 cas cliniquement évocateurs, avec 974 passages aux urgences dont 137 hospitalisations, d'après Santé publique France et l'ARS Guadeloupe. Elle faisait suite à une épidémie de sérotype DENV-2 en 2023-2024.
Aedes aegypti pond dans les eaux stagnantes domestiques, notamment les réserves d'eau et citernes très répandues dans l'archipel. Il faut les couvrir hermétiquement, vider les coupelles et récipients après la pluie, utiliser répulsifs et moustiquaires, et signaler les gîtes larvaires. L'ARS Guadeloupe expérimente aussi des pièges de nouvelle génération et la technique de l'insecte stérile (TIS).
Sources officielles